Ziguinchor : le HCDH et la CNDH forment la police à mieux protéger l'enfant.
 Le HCDH et la CNDH forment la police à mieux protéger l'enfant.

Trente-neuf enfants sur quarante confrontés à la justice se souviennent d'abord de la manière dont on les a écoutés. À Ziguinchor, quarante officiers de police judiciaire venus de cinq régions du Sénégal apprennent, pendant trois jours, à faire de cette écoute un outil de protection plutôt qu'une nouvelle épreuve, en plaçant l'intérêt supérieur de l'enfant au cœur de l'action policière.

Le bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH_BRAO), la Commission nationale des droits de l'homme du Sénégal (CNDH) et l’École Nationale de Police (ENP) ont ouvert, du 21 au 23 juillet 2026, à Ziguinchor un atelier destiné aux officiers de police judiciaire de Kolda, Sédhiou, Tambacounda, Kédougou et Ziguinchor. Au programme : les bases du droit international des droits humains, les techniques d'audition adaptées aux enfants et le renforcement de la coordination avec les services sociaux et la lutte contre la traite.

L'enjeu dépasse la seule technique d'enquête. Il s'agit de faire en sorte que chaque enfant victime, quel que soit le crime dont il a souffert, soit traité avec la dignité que lui garantissent les normes sénégalaises et internationales, dont l'Objectif de développement durable 16.2 sur l'élimination de la maltraitance, de l'exploitation, de la traite et de toutes les formes de violence à l'égard des enfants.

Pour la présidente de la CNDH, la Pr Amsatou Sow Sidibé, cette formation répond à une réalité sécuritaire qui a profondément changé. Une évolution qui appelle une vigilance accrue face aux violations des droits humains subies par les enfants.

« Aujourd'hui, les défis sécuritaires sont devenus beaucoup plus complexes avec la cybercriminalité, les crimes graves transfrontaliers, le terrorisme et les violences atroces sur nos enfants. Ce sont des défis autour desquels il faut plus de tact, plus de vigilance et plus de perception de ce qui est pernicieux. »

Elle voit dans le respect des droits humains non pas une contrainte supplémentaire pour les enquêteurs, mais la condition même de l'efficacité de leur travail.

« Le professionnalisme accompagné du respect des droits humains, c'est-à-dire d'humanisme, permet d'être plus efficace et d'obtenir des résultats durables. La police judiciaire pourra ainsi mieux percevoir les cas de violation des droits humains, mais aussi intégrer une dose d'humanisme dans le traitement des dossiers, lors de l'audition des victimes et des personnes poursuivies. »

Une culture qu'elle appelle à consolider durablement au sein des forces de sécurité, pour qu'elle serve « l'action de la Police nationale au service de la justice et du respect de la dignité humaine ».

L'atelier s'inscrit dans la deuxième phase du Projet d'appui à la protection des enfants victimes de violations de leurs droits (PAPEV), mis en œuvre par le HCDH avec l'appui financier de l'Agence Italienne pour la Coopération au Développement (AICS). Pour le représentant régional adjoint du HCDH_BRAO, les policiers occupent une position charnière dans la chaîne de protection de l'enfance, bien au-delà de la seule répression des infractions.

« Un rôle fondamental pour la prévention de la traite des enfants, mais aussi pour empêcher des violations des droits humains et des droits des enfants d'arriver, et pour assurer que ceux responsables de la traite soient jugés. »

Cet appui du HCDH ne se limite pas à des sessions ponctuelles. Il vise, selon lui, à ancrer durablement la dimension des droits humains dans la formation initiale des policiers, en lien avec l'École de police et la CNDH, afin que la protection des enfants devienne un réflexe professionnel et non une compétence isolée. Les modules dispensés à Ziguinchor couvrent ainsi l'ensemble du parcours de prise en charge d'un enfant victime : de la conduite d'une enquête rigoureuse, seule à même d'aboutir à des condamnations, jusqu'à la compréhension des difficultés psychosociales que traverse l'enfant.

« Les problèmes ne sont pas seulement d'ordre juridique, ils sont aussi psychosociaux. Un enfant victime a besoin d'une prise en charge globale, qui va de l'accès aux soins à l'accompagnement psychosocial et à l'éducation, pour retrouver une vie normale ». 

Coordonnatrice régionale du projet PAPEV, Aminata Kébé, rappelle que les enfants restent, dans toute la sous-région, parmi les premières victimes des violations de droits humains.

« Les enfants constituent une cible particulièrement vulnérable qui mérite une attention spécifique, notamment en ce qui concerne le respect de leurs droits humains. Il est essentiel de renforcer les compétences des intervenants de première ligne pour garantir une meilleure protection. »

En misant sur la formation de terrain plutôt que sur la seule répression, la CNDH et le HCDH parient sur une transformation durable des pratiques policières dans le sud et l'est du Sénégal. L'objectif final tient en une phrase : des enfants mieux accompagnés et mieux protégés, dans le respect des normes sénégalaises et internationales relatives aux droits humains, et une police plus proche des populations qu'elle sert.