Jeunesse sénégalaise : le droit de compter dans les décisions qui la concernent
Jeunesse sénégalaise : le droit de compter dans les décisions qui la concernent

Khombole, 12 août 2026. Ils sont venus de Khombole, Mékhé, Cambérène, Yoff et Thiaroye-sur-Mer. Une centaine de jeunes (hommes et femmes) se sont réunis ce mercredi à Khombole, à l'occasion de la Journée internationale de la jeunesse, pour un constat partagé : celui d'une génération pleinement engagée dans la vie de son pays, dont la participation aux espaces de décision progresse et mérite d'être encore renforcée, aux côtés des autorités sénégalaises déjà mobilisées sur cette question.

L'événement, organisé par le Bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH-BRAO) et Polaris Asso s'inscrivait dans le cadre du programme Mën Naa Ko (Je le peux en wolof). Placée sous le thème « Des contextes différents, des aspirations communes », la rencontre a offert aux jeunes présents un espace pour interroger leur place dans la gouvernance locale, un droit, avant d'être une question de représentation.

Des droits, pas des privilèges

Pour Benjamin Moreau, représentant régional adjoint du HCDH-BRAO, la question dépasse largement le seul enjeu de la représentation politique. Éducation, travail décent, participation, liberté d'expression, égalité, non-discrimination : ces aspirations de la jeunesse, a-t-il rappelé, ne relèvent pas de la faveur mais du droit.

Il a salué les efforts déjà engagés par le Sénégal pour traduire ces droits reconnus en réalité concrète, et insisté sur l'importance de poursuivre, aux côtés des autorités, ce travail de mise en œuvre, notamment en renforçant l'accès à l'information et la connectivité numérique afin d'élargir encore les espaces de participation des jeunes. Son message aux participants a été empreint d'encouragement : « Votre participation ne doit pas être symbolique. Elle doit être effective et permettre à vos expériences, vos préoccupations et vos propositions d'être prises en compte. »

Un chiffre qui interpelle

Moins de 6 % des conseillers municipaux du Sénégal ont moins de 35 ans, alors que cette tranche d'âge constitue 75 % de la population du pays. L'écart, révélé par une étude de Polaris Asso menée dans le cadre de Mën Naa Ko, a donné le ton des échanges. « Une démocratie est véritablement représentative lorsqu'elle ressemble à sa démographie », a résumé Ousseynou Guèye, directeur exécutif de Polaris Asso, appelant à une mobilisation plus déterminée de la jeunesse dans les processus de décision et de développement national.

Le maire de Khombole, Magueye Boye, qui accueillait la cérémonie, a abondé dans le même sens. « On ne peut pas dessiner la trajectoire future d'une communauté en oubliant la génération qui sera appelée à la porter », a-t-il déclaré, plaidant également pour une meilleure intégration du numérique et de l'intelligence artificielle dans les mécanismes de participation citoyenne.

Une jeunesse engagée, une participation à consolider

Les données rassemblées dans le cadre de Mën Naa Ko dessinent un paradoxe. L'intérêt pour les affaires publiques est réel et même majoritaire : 58 % des 18-24 ans et 73 % des 25-35 ans interrogés se disent très intéressés par la vie publique. Ce lien avec les institutions locales reste toutefois à consolider : près de 57 % des répondants n'ont pas encore contacté un conseiller municipal au cours de l'année écoulée, et près de 66 % n'ont pas encore eu de contact avec un Conseil communal de la jeunesse, des chiffres qui dessinent une marge de progression sur laquelle autorités et partenaires peuvent travailler ensemble.

L'étude identifie plusieurs pistes de renforcement pour cette participation : le développement de la formation à la gouvernance locale, l'appui à l'organisation collective des jeunes, un meilleur accompagnement face aux contraintes liées aux études et à l'emploi, ou encore une réflexion sur l'accès aux investitures partisanes, sur laquelle des dynamiques sont déjà à l'œuvre au niveau national. Les jeunes femmes, elles, font face à des défis supplémentaires, entre pesanteurs socioculturelles et charge des responsabilités familiales, un rappel que la participation des jeunes gagne à être pensée avec une attention particulière aux inégalités de genre.

Un plaidoyer tourné vers 2027

À l'approche des prochaines élections territoriales, Polaris Asso et le HCDH-BRAO entendent faire de la participation des jeunes un enjeu central de la démocratie locale sénégalaise. Les échanges de Khombole ont ainsi porté sur trois priorités : élargir l'accès des jeunes aux espaces de décision, mieux intégrer leurs préoccupations dans les politiques publiques, et renforcer les mécanismes de démocratie participative à l'échelle communale.

« Il faut que notre pays apprenne à mobiliser sa jeunesse, à lui donner les outils nécessaires et à permettre à son potentiel de contribuer au développement national », a conclu Ousseynou Guèye.

L'engagement du HCDH aux côtés de la jeunesse

La participation des jeunes aux affaires publiques est reconnue comme un droit fondamental, consacré notamment par le droit de toute personne à prendre part à la direction des affaires publiques de son pays. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme place cette conviction au cœur de son action : une gouvernance ne peut être pleinement légitime que si elle associe celles et ceux qu'elle engage pour l'avenir.

Cet engagement s'inscrit dans une dynamique plus large portée par les Nations Unies, à travers la stratégie « Youth 2030 », qui vise à renforcer la place des jeunes dans la prise de décision, et les résolutions successives du Conseil des droits de l'homme sur la jeunesse et les droits humains, qui appellent les États à créer des espaces civiques sûrs et significatifs pour la participation des jeunes. Au Sénégal, le HCDH salue les engagements déjà pris par les autorités en faveur de la jeunesse et continue d'accompagner, en appui à leur action, les collectivités, les organisations de la société civile et les jeunes eux-mêmes, afin que cette participation devienne une réalité vécue dans les conseils municipaux comme dans tous les espaces où se construit l'avenir commun.